La variole du singe : que doit-on en retenir ?

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L’orthopoxvirose simienne, ou variole du singe, est une zoonose virale identifiée pour la première fois chez des singes en 1958. Elle existe sous deux formes majoritaires qui se concentrent principalement en République Démocratique du Congo, Congo-Brazzaville et au Nigeria. Mais depuis quelques semaines, des cas non expliqués se confirment en Europe. Doit-on s’attendre à une nouvelle pandémie ? 

L’OMS déclare plus de 180 cas de variole du singe en Europe dont 7 cas en France à ce jour. Cette maladie se traduit par des symptômes de type maux de tête, fièvre, adénopathie ou encore myalgies dans les 5 premiers jours suivant l’infection. Ensuite, le patient développe des éruptions cutanées commençant souvent sur le visage et le dos des mains. Si le virus n’est pas très contagieux, ses porteurs le restent jusqu’à disparition totale des dernières lésions cutanées (3 semaines environ). La transmission inter-humaine, celle qui nous intéressera le plus en France, s’opère à travers les particules des gouttelettes respiratoires ou par contact avec les lésions du patient. Il est donc primordial que les malades respectent un confinement durant cette période.

Ce qui étonne, c’est qu’on ne comprend pas d’où viennent ces nouveaux cas occidentaux. Jusqu’à présent, le monkeypox restait concentré en Afrique et lorsqu’il en sortait, il était très simple de remonter jusqu’à l’origine de la contamination. Mais cette fois-ci, ce n’est pas le cas. Le potentiel de mutation de ce virus étant très faible, l’OMS nous donne alors les deux hypothèses suivantes. La première, les foyers épidémiques en Afrique sont de plus en plus conséquents et fréquents, rendant ainsi la propagation plus probable. De plus, le vaccin de la variole reste la meilleure prévention contre le monkeypox. La variole étant considérée comme éradiquée depuis les années 1980, la campagne de vaccination a été arrêtée. Ceci rend donc les nouvelles générations, non vaccinées contre la variole, plus sensibles au monkeypox. Brigitte Bourguignon, nouvelle ministre de la santé, tente de rassurer en affirmant que « la situation est sous contrôle » et que « l’on n’attend pas de flambée de la maladie ». Mais si la variole du singe ne représente pas un risque pour la santé, elle illustre et nous alarme sur le nouvel enjeu sanitaire.

Suite à un rapport en urgence de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique de la biodiversité et des services écosystémiques), l’ONU avance une grande probabilité de multiplication des pandémies dans les années à venir. En effet, les rapports de plus en plus étroits entre l’Homme et les bêtes sauvages ou d’élevage nous rendent vulnérables. A ce jour, on compte environ 840 000 virus animaux et inconnus capables d’infecter l’homme. Peter Daszak, directeur du rapport de l’IPBES confirme que « la modification de l’utilisation des terres, l’expansion et l’intensification de l’agriculture, ainsi qu’un commerce, une production et une consommation non soutenables perturbent la nature et accroissent les contacts entre vie sauvage, animaux d’élevage, pathogènes et humains. C’est la voie vers les pandémies ». Le « GIEC de la santé » appelle donc à des changements radicaux dans la prévention des épidémies.

Face à des virus de plus en plus robustes et à un élevage animalier en expansion, l’Homme s’assure un futur sanitaire complexe qu’il faudra impérativement appréhender à une échelle mondiale. Le réchauffement climatique favorise les maladies amenées par le moustique, la déforestation oblige les oiseaux et leurs maladies à se déplacer et l’élevage intensif est carrément qualifié de « bombe à retardement » par l’IPBES. Il devient donc évident que la question de la santé du futur doit impérativement se traiter en adéquation avec la réduction de notre impact écologique.

                                                                                                                                             Giulia SALS

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