Pharmacie et écologie : où en sommes-nous réellement?

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L’industrie pharmaceutique, en œuvrant pour la santé et le bien-être, s’inscrit dans une démarche de développement durable, en veillant à ce que ses activités réduisent les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’eau et d’énergie et la production de déchets…  Mais qu’en est-il réellement des problèmes environnementaux rencontrés par les industries du médicament ?

La France est le quatrième consommateur de médicaments, avec plus de 3000 médicaments à usage humain et vétérinaires qui sont actuellement sur le marché français. Les substances actives contenues dans ces médicaments sont excrétées essentiellement dans les selles et les urines, puis sont rejetées dans les réseaux d’eaux usées et dans les sols. Par conséquent, des résidus se retrouvent d’une manière ou d’une autre dans l’environnement et potentiellement dans nos approvisionnements en eau potable. Ils peuvent ainsi contaminer les organismes vivants et les affecter, surtout s’ils sont bioaccumulables.

Depuis quelques années, on se rend compte que leur présence dans le milieu aquatique s’apparente à un problème environnemental. Ils ne sont que faiblement « absorbés » par l’organisme et se retrouvent éliminés dans l’urine du patient. Certains ont une faible biodégradabilité : par exemple l’ampicilline et le sulfaméthoxazole.

Ces résidus d’antibiotiques dans l’environnement peuvent augmenter la sélection de souches bactériennes résistantes présentes dans l’environnement.

Nous notons également ce phénomène pour les œstrogènes – hormones présentes dans les pilules –   comme l’éthinylestradiol. Ces dernières sont un groupe de substances pour lesquelles un danger pour les organismes aquatiques a été démontré. En effet, l’éthinylestradiol en tant que perturbateur endocrinien, provoque des changements dans le développement et dans les comportements, et ce, à de très faibles concentrations. Ainsi, une démasculinisation ou féminisation de poissons mâles, a été observée pour des concentrations d’exposition de 0,1 ng/L, avec dans certains courts d’eau des taux mesurés à 3 ng/L. Cette démasculinisation peut se traduire chez ces individus mâles par une diminution de la production de spermatozoïdes ou même une production d’ovules.

A long terme, ce type d’effets peut conduire à une diminution des tailles de population ce qui affecterait l’ensemble de la chaîne alimentaire.

La problématique de la pollution de l’environnement par les rejets de médicaments et de leurs effets potentiels, a poussé les États à agir, au niveau législatif et scientifique.

De ce fait, l’industrie pharmaceutique est désormais tenue de faire une évaluation environnementale des médicaments pour lesquels elle souhaite obtenir une AMM.

Dans un autre registre, l’EMA recommande d’indiquer désormais les risques environnementaux potentiels pour les médicaments, ainsi que les précautions d’emploi sur les notices de médicaments, afin que le patient averti puisse lui-même agir de son côté pour une meilleure gestion des déchets.

Les consommateurs doivent également être sensibilisés aux bonnes pratiques environnementales en les incitant à ne pas jeter les surplus de médicaments dans l’évier, à rapporter les médicaments périmés à la pharmacie, voire à ne pas consommer des quantités excessives de médicaments.

Enfin, le traitement des effluents des usines de fabrication de médicaments peut être optimisé pour réduire les émissions polluantes dans l’environnement.

Ces actions constituent les premières étapes vers une meilleure gestion du cycle de vie du médicament dans un soucis du respect du développement durable.

L’accumulation de résidus de médicaments est avérée, et présente des situations problématiques multiscalaires. Tout d’abord à l’échelle microscopique avec les résistances bactériennes, ensuite au niveau macroscopique, avec les conséquences sur l’écosystème. Cette prise de conscience fait évoluer les pratiques, en effet, la législation impose un contrôle plus strict, et les industries du médicament cherchent à suivre un modèle de développement plus écologique. Par exemple, les Objectifs de Développement Durable (ODD) ont permis au laboratoire Sanofi de réduire sa consommation d’eau de 43% en 10 ans, d’augmenter leur part d’énergie renouvelable grâce à l’installation de panneaux photovoltaïques ou encore de valoriser ses déchets à hauteur de 90% pour 2025.

Lyna SI SMAIL

Sources :