Vaccination : comprendre l’origine du mouvement de défiance

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Malgré une augmentation de la population française à vouloir se faire vacciner contre le COVID, les mouvements « anti vaccins » assez présents sur les réseaux sociaux -qui participent à la réticence des français à se faire vacciner- ne datent pas d’hier, mais prennent naissance au XVIIIème siècle.

 

Historique de la vaccination 

 

« L’histoire de la vaccination” remonte donc au XVIIIème siècle, avec une technique importée de l’Orient : l’inoculation de la variole. Consistant en l’introduction de pus d’un malade dans le corps d’un individu sain, on déclenche une première réaction immunitaire diminuant la virulence d’un potentiel contact à posteriori du virus. Dès cette époque, la communauté scientifique occidentale reste réticente à adopter cette pratique venant de l’Orient, relevant de l’empirisme sans pouvoir expliquer les causes (puisque le fonctionnement du système immunitaire commencera à être compris seulement au XXème).

Le terme « vaccin » découle du latin « variole vaccina » signifiant « variole de la vache » à l’origine du 1er vaccin anti-variolique. En effet, les personnes infectées par la variole animale ne développent pas de formes graves.

La vaccine sera l’unique vaccin existant à cette époque, et provoquera le début du mouvement anti-vaccin au XIXème siècle. Ces personnes dénoncent à l’époque le fait que l’inoculation de fragments d’un animal va rendre plus « brutal/animal » l’humain. A défaut de réseaux sociaux, c’était au travers de traités médicaux puis via la presse que les textes antivax apparaissent. Des parents dénoncent la vaccination, et alimentent le débat avec les rares cas de problèmes induits par la vaccination. En effet à l’époque, celle-ci n’était pas réalisée avec une totale innocuité : on prélevait la vaccine d’un enfant pour l’administrer à d’autres. Si l’enfant possédait d’autres maladies, il pouvaient en effet contaminer les autres enfants vaccinés.

À la fin du XIXème siècle, la médecine devient plus expérimentale, et c’est par l’expérimentation sur animaux que les critiques fusent. Pasteur et son vaccin contre la rage découvert en 1885, n’y échappent pas. Il est, par ailleurs, accusé par les journalistes de chercher le profit des laboratoires, donnant lieu à la naissance du mouvement anti- « Big Pharma » ce qui alimente le mouvement anti-vaccins. 

 

Les controverses récentes : à l’origine d’une méfiance « inconsciente » dans la représentation collective?

 

Plus récemment dans les années 1990, la polémique du vaccin de l’hépatite B induisant la sclérose en plaque a contribué à la méfiance globale de la population vis-à-vis des vaccins, polémique étant fausse, puisque jusqu’à ce jour toutes les études n’ont pas montré de relation significative entre la survenue de sclérose en plaque et l’administration du vaccin de l’hépatite B. Les cas apparus étaient déjà prédisposés à la sclérose, et/ou la plupart des individus ayant développés la sclérose en plaque se situaient au niveau de la tranche d’âge dans laquelle la sclérose en plaque survient initialement.

Seconde polémique à la fin des années 90 (1998) : le lien entre le vaccin ROR (Rougeole, Oreillons, Rubéole) et la survenue d’autisme. Suite aux enquêtes, il s’est avéré que les données de cette étude ont été modifiées à des fins d’intérêt personnel pour le médecin-chercheur. De plus, l’étude a été réalisée sur une population de 12 personnes, nombre bien trop faible pour pouvoir être transposé à la population générale. Par la suite, comme avec le cas du vaccin contre l’hépatite B, des études plus significatives ont été réalisées : de même que pour l’hépatite B, aucune différence entre le nombre d’enfants autistes parmi les vaccinés et les non-vaccinés a été trouvé.

 

Et avec le COVID aujourd’hui?

 

On observe une certaine réticence en France à se faire vacciner. Cependant ce taux diminue notamment entre janvier et mars 2021 où une majorité de la population souhaite se faire vacciner contre le SARS-CoV-2.

La défiance étant surtout soutenue par des doutes vis-à-vis du développement rapide du vaccin (en moins d’un an) et par la peur d’apparition d’effets indésirables à long terme.

En effet, le vaccin a pu se développer en si peu de temps grâce à une grande mobilisation jamais réalisée entre les laboratoires, gouvernements et autorités de santé. Les laboratoires ont pris des risques pour que les phases de développements durent si peu de temps : au lieu de les réaliser en séquentiel (phase 1 puis phase 2 puis phase 3), ils les ont réalisés en parallèle (la phase 1 en même temps que les phases 2 et 3), et les résultats directement envoyés aux autorités de santé. Ces autorités de santé ont ensuite traité ces dossiers en priorité au vu de l’urgence sanitaire, mais en utilisant les mêmes critères très stricts caractéristiques à la juridiction du médicament.

En outre, le médicament, par son étymologie, possède des propriétés thérapeutiques mais également des effets indésirables. Ceci se traduit par la balance « bénéfices/risques » : le plus important est que la balance soit du côté des bénéfices, bien que les risques peuvent toujours être présents (et ce, même dans des médicaments usuels tel que le paracétamol). La pharmacovigilance est chargée de surveiller les effets indésirables potentiels, et très peu ont été rapportés concernant les vaccins contre le COVID-19. Il y a donc une surveillance constante et encadrée qui permet une réaction rapide en cas de problème.

 

La vaccination est un acte de santé publique individuel, mais ayant une portée collective, car visant à protéger une population de la survenue d’une maladie, et par conséquent sauver des vies. Cependant avec les fake news, de la crainte et du scepticisme autour de ce produit de santé peuvent émerger, d’où l’importance de vérifier avec des sources d’études sérieuses la crédibilité des données, afin de pouvoir se forger une opinion personnelle.

En ce qui concerne la campagne vaccinale de COVID-19, elle s’accélère avec des chiffres plus qu’encourageants concernant ses effets sur le taux de contamination et le taux de développement de formes graves. Bientôt un retour à la vie “d’avant”?

 

Filipine Chartier

Sources :