Chikungunya : le développement d’un traitement enfin possible ?

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Le chikungunya est une maladie infectieuse transmise à l’homme par les moustiques du genre « Aedes » ou plus communément appelés « moustiques tigres ». Caractérisée par de fortes fièvres et des douleurs articulaires ainsi que musculaires intenses, cette pathologie d’origine virale a provoqué de nombreuses épidémies en Afrique, en Amérique, en Asie et dans l’océan Indien (sur l’île de la Réunion par exemple).
Si, auparavant, la seule thérapie possible était une prise en charge symptomatique du patient, à renfort d’antalgiques et anti-inflammatoire, des chercheurs français seraient peut-être à l’origine d’une piste concrète dans le développement d’un traitement spécifique et curatif de la maladie.

En effet, une équipe de recherche sous la direction d’Ali Amara à l’Institut de recherche de l’hôpital Saint-Louis (Paris), en collaboration avec l’équipe de Marc Lecuit (Institut Pasteur, Inserm, Hôpital Necker et Université de Paris) ont identifié une protéine à l’origine de la réplication du virus du chikungunya dans les cellules de l’organisme. Ces travaux ont été publiés dans la revue Nature lors du mois de septembre 2019. Si l’aspect clinique de la maladie était correctement connu, le mécanisme cellulaire de la réplication du virus chez le malade restait peu étudié. La découverte conjointe des chercheurs ont permis alors à la fois de préciser ce mécanisme, et de comprendre pourquoi le virus ciblait principalement les cellules musculaires et les fibroblastes.
FHL1 est ainsi la protéine mise en avant dans cette étude. En temps normal, elle assure le bon fonctionnement du muscle sain mais, dans le cadre de la maladie, elle devient la cible principale du virus et permet sa réplication supérieure dans les tissus cibles (muscles et articulations). Les chercheurs ont alors réalisé un criblage par la technique de biologie moléculaire CRISPR-Cas9 des cellules atteintes pour identifier le facteur de réplication principal du virus. Après avoir compris le rôle central de FHL1 dans la maladie, l’équipe a ensuite confirmé l’impossibilité du virus à se répliquer dans une cellule n’exprimant plus cette protéine. Dans cette même logique, le virus est incapable de se multiplier chez un malade atteint de la dystrophie musculaire d’Emery Dreifuss, où le gène FHL1 est muté. Enfin, des mutations provoquées de ce même gène sur un modèle murin induit une résistance à l’infection chez les souris étudiées.

L’étape suivante pour les chercheurs est de comprendre pourquoi FHL1 est si spécifique au virus du chikungunya au niveau moléculaire, ce qui permettra de comprendre plus en profondeur le mode d’action moléculaire du virus.
« La résolution de la structure moléculaire du complexe FHL1 […] pourrait constituer une avancée majeure dans le développement d’antiviraux bloquant la réplication du virus », soulignent Ali Amara et Laurent Meertens, chercheurs à l’Inserm responsables de l’étude.

Antoine LAURENT.

Sources:

Publication dans la revue scientifique Nature 

Communiqué des chercheurs de l’Inserm sur la découverte