Première greffe d’utérus en France: Impossible n’est pas français !

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Le 31 mars dernier et pour la première fois en France, une transplantation utérine a été réalisée. Source d’espoir pour des milliers de femmes, celle-ci s’ajoute à la cinquantaine déjà réalisée dans le monde. Il y a quelques années à peine, ce projet paraissait utopique pourtant, ce ne sont pas moins de 15 enfants en bonne santé qui sont nés de mères greffées depuis 2014.

C’est l’équipe du professeur Ayoubi qui a procédé à cette transplantation à l’hôpital Foch de Suresnes. La patiente a 34 ans, elle est née sans utérus comme près d’une femme sur 4500. Le prélèvement sur la donneuse et mère de celle-ci a été entièrement réalisé à l’aide de robots. Cette robotisation permet aux chirurgiens de diriger les appareils à distance pour pouvoir prélever l’utérus grâce à cinq petites incisions d’un centimètre seulement. Cette technique apporte non seulement la grande précision nécessaire à cette intervention mais elle permet également une récupération plus rapide de la donneuse.

Le choix de la donneuse peut paraître étonnant mais il s’explique par le fait que l’équipe ait reçu l’autorisation uniquement pour des greffes à partir de donneuses vivantes. En effet, bien que le prélèvement d’utérus de donneuses décédées semble poser moins de problèmes éthiques, dans le cas de donneuses vivantes l’organe sera en meilleur état et la programmation est plus simple. Il faut également noter que l’autorisation ne concerne que les patientes atteintes de la même pathologie congénitale que la patiente c’est à dire le syndrome MRKH.

L’opération, qui a duré quinze heures, est un succès. Il ne reste plus à la patiente qu’à patienter. Effectivement, il faut atteindre entre six et douze mois pour que l’utérus soit fonctionnel. Ensuite, les embryons, qui ont été conçus avant l’opération avec l’ovocyte de la future mère et le sperme du futur père puis congelés, vont pouvoir être réimplantés.

Le traitement immunosuppresseur est adapté à la grossesse comme dans le cas de greffées du rein enceintes. Néanmoins, en raison de ce traitement antirejet nécessaire, cette greffe n’a pas vocation à être permanente. Il s’agit d’une greffe provisoire pour avoir un enfant. D’après le professeur, seulement deux ou trois femmes dans le monde ont conservé l’utérus dans l’objectif de tomber enceinte une deuxième fois.

Bien que la greffe utérine n’ait pas été pensée comme alternative à la gestation pour autrui (GPA), elle donne une nouvelle perspective à des dizaines de milliers de femmes sans utérus qui souhaiteraient potentiellement avoir un enfant biologique et qui n’avaient, jusqu’alors, que la GPA, inégale en France, comme solution. Seulement, il semblerait que ces greffes soulèvent des problèmes éthiques. Entre autres, dans le cas d’un don par la mère, l’impact psychologique sur le futur enfant est souvent évoqué. Toutefois, cette prouesse scientifique souffle un vent d’espoir certain pour les femmes concernées et l’Académie nationale de Médecine s’est prononcée en faveur de la poursuite des expérimentations après une analyse minutieuse des aspects médicaux et éthiques.

Clara Labrousse

Sources:
« Greffe d’utérus ». Le Point, 18 avril 2019.
« Greffe d’utérus ». Libération, 2 mai 2019.
« Greffe d’utérus – Académie nationale de médecine ». Le Quotidien du Médecin, 17 avril 2019.
« « L’évocation de la greffe utérine amenait souvent la réponse : “c’est impossible” » ». Le Quotidien du Médecin, 13 mai 2019.
« Première greffe d’utérus en France ». L’OBS, 11 avril 2019.

Crédit image: Hey Paul Studios
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